Du Saguenay à Londres : en coulisse avec Elisabeth Boudreault
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- il y a 2 jours
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Originaire de Saint Ambroise, Elisabeth Boudreault s’impose aujourd’hui comme l’une des voix lyriques les plus prometteuses de sa génération. Formée d’abord au Saguenay–Lac-Saint-Jean avant de poursuivre ses études à Montréal, elle a rapidement attiré l’attention sur la scène nationale puis européenne, où elle enchaîne les débuts remarqués dans de grandes maisons et festivals.
Lauréate de plusieurs concours d’envergure et ayant récemment signé avec l'une des agences d'artistes les plus importantes au monde, elle poursuit aujourd’hui une carrière internationale tout en demeurant profondément attachée à ses racines régionales.
Ayant déjà participé pendant sa jeunesse aux productions de Les Brigands et Carmen avec la Société d’Art Lyrique du Royaume (aujourd’hui l’Opéra du Royaume), Elisabeth rentre au bercail pour faire ses débuts dans le rôle-titre de Cendrillon. Nous lui avons posé quelques questions sur son rôle, sa vie et sa carrière.
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Qu’est-ce qui t’a menée vers le chant lyrique ?
J’ai commencé à chanter très jeune avec Jeunesse en Chœur (qui est la chorale de Gisèle Munger, la mère de Marie-Eve, notre directrice). Je me souviens très bien que Marie-Eve venait chanter l’air de la poupée des Contes d’Hoffmann lors de nos concerts. Ça a été ma première exposition à l’opéra. Son père, Jean-Guy, m’avait d’ailleurs dit très tôt qu’il croyait que j’allais chanter de l’opéra. J’avais roulé des yeux en me disant que ça n’arriverait jamais, ce n’était vraiment pas dans mes plans à huit ans !
J’ai ensuite fait partie de Québec Issime, dans Décembre, Espressio, Céline Dion à la Bolduc et Party! Junior. J’ai été extrêmement chanceuse de faire beaucoup de scène très jeune et surtout de cultiver un réel plaisir d’être sur scène pendant ces années formatrices.
À 15 ans, j’ai commencé à étudier le chant classique à l’Atelier de musique de Jonquière, dans le programme arts-études. À ce moment-là (la prophétie de Jean-Guy !) ce fut le coup de foudre, et il n’y avait plus de retour en arrière possible.

Je me souviendrai toujours de la première fois où je me suis agenouillée sur la scène du Cégep de Jonquière, lors de la première répétition avec l’orchestre pour Les Brigands avec la Société d’Art Lyrique du Royaume : sentir les vibrations de l’orchestre dans la fosse, être enveloppée par ce son. J’étais déjà passionnée par l’opéra, mais à ce moment précis, j’ai su que j’allais y consacrer ma vie.
Comment ton parcours international a-t-il été influencé par tes racines saguenéennes ?
C’est au Saguenay que tout a commencé ! Tant de merveilleux artistes sont originaires de la région que nos collègues européens s’en émerveillent. Pour plaisanter, on leur répond souvent qu’il y a quelque chose de spécial dans l’eau du Saguenay qui nous fait bien chanter !
Mais selon moi, l’Opéra du Royaume joue un rôle central dans ce phénomène : l’OdR a longtemps été la plus vieille maison d’opérette en Amérique du Nord, et beaucoup de chanteurs y ont vécu leurs premières expériences sur scène, très jeunes. J’ai l’impression que l’opérette et la comédie font un peu partie de mon ADN.
Chez nous, la musique est aussi un phénomène extrêmement rassembleur. Je me souviendrai toujours des soirées autour du feu à chanter et jouer de la guitare pendant des heures avec la famille et les cousins. Je crois que je rechercherai toujours ce sentiment de pure insouciance et de connexion profonde.
L’opéra me permet de recréer cela, parce que c’est un travail d’équipe et que, quand on y met du cœur, c’est contagieux. On sent un effet domino : chacun se permet d’y mettre du sien. C’est là que la magie arrive.

Tu vis maintenant à Londres. Comment la vie musicale y diffère-t-elle de celle que tu as connue au Québec ?
La scène musicale est très différente. Tout d’abord, en Europe et en Angleterre, la plupart des salles sont plus petites que nos grandes salles nord-américaines. J’ai dû m’adapter à cette réalité et travailler le raffinement de ma projection, tant vocale que scénique. Ce processus a été incroyablement enrichissant et m’a permis de me dépasser artistiquement.
La relation à l’opéra est aussi très différente. Chez nous, c’est un art importé : on l’aime et on se l’est approprié, mais il ne fait pas partie de notre culture d’origine. En Europe, où la tradition a évolué sur plusieurs siècles, l’expérience est complètement différente. Le public européen a souvent des attentes particulières, parce qu’il ressent davantage que cet art lui appartient — qu’il s’agit d’une tradition à préserver ou parfois à bousculer.
J’adore chanter en Europe et au Québec, mais pour des raisons différentes. Au Québec, je sens que le public vient à l’opéra avec le cœur ouvert, prêt à se laisser transporter, ce qui rend notre travail très naturel. En Europe, l’engouement est très intense, mais le public a souvent les performances des plus grands chanteurs de l’histoire en tête. La pression n’est pas la même.
Qu’est-ce qui te touche le plus quand tu chantes ?
Les moments de cohésion, ces instants de magie où l’on sent que tous les collègues sont sur la même longueur d’onde et que quelque chose d’unique se crée dans l’instant. Ce sont ces petites pépites qui restent gravées dans la mémoire.

Qu’est-ce qui t’a particulièrement attirée dans le rôle de Cendrillon ?
Pour moi, il s’agit de la plus belle partition de Massenet (ex æquo avec Werther, mais pour des raisons très différentes). C’est un rôle extrêmement touchant, qui pousse son interprète à une grande vulnérabilité. La musique est sublime, des joyaux apparaissent à chaque instant de la partition, et surtout, il y a de magnifiques duos.
Comment décrirais-tu ce personnage et son évolution ?
Pour moi, Cendrillon est une histoire d’éveil. Cendrillon est un personnage de nature incroyablement bonne, qui s’efface pour jouer son rôle au sein de sa famille et qui, malgré sa condition défavorisée, se convainc qu’elle est satisfaite afin de permettre le « bon fonctionnement de l’horloge ».
Au centre de cet éveil, il y a un amour frappant : un coup de foudre pour le Prince qui provoque en elle une véritable réaction en chaîne. Je sais que plusieurs roulent les yeux en disant qu’il a fallu qu’un homme entre dans sa vie pour que son sort change, ce qui donnerait l’impression qu’elle n’est pas réellement maîtresse de son destin.
Mais au contraire, l’histoire de Cendrillon révèle une vérité indéniable : l’amour est une force profondément transformatrice. Ce premier amour pur et exaltant la pousse à tout remettre en question, à affronter ses peurs et à amorcer un réel combat contre un méchanisme de défense qui la pousse constamment à se replier et à se sacrifier.
Au final, c’est l’amour qu’elle porte pour le Prince qui lui donne le courage de se choisir et de se réaliser. C’est une métamorphose complète. Peu importe que l’objet de son amour soit un Prince, une Princesse ou un clochard : ce n’est pas lui qui la sauve en entrant dans sa vie, c’est elle qui trouve en elle la force de changer et d’agir, inspirée par cette force nouvelle.
Que signifie « être chez soi » pour toi aujourd’hui ?
Passer du temps au Saguenay me ressource profondément. J’y recharge mes batteries et je me reconnecte à moi-même. La vie d’un chanteur d’opéra est faite de changements constants et d’un rythme effréné. Revenir à la campagne chez mes parents me permet de ralentir et d’enlever ma « visière de course ». Même si j’aime la ville et avoir accès à une scène culturelle active, j’ai besoin de la nature pour me recentrer. Et puis les gens du Saguenay sont tellement chaleureux que la vie s’adoucit naturellement.
Qu’est-ce qui te fait te sentir « chez toi », peu importe où tu es ?
Évidemment, peu importe où je me trouve dans le monde, je me sens davantage chez moi lorsque mon conjoint, Huw, et notre chien, Maurice, sont avec moi. J’adore prendre de longues marches avec Maurice. Il voyage avec moi partout dans le monde, et ces moments de silence avec lui me permettent de décrocher et de me recentrer. Sinon, j’ai de petits rituels pour m’approprier mes nouveaux espaces : j’apporte toujours mes huiles essentielles, et la première chose que je fais en arrivant dans un nouvel appartement est d’y diffuser une odeur familière.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui découvre l’opéra pour la première fois ?
Il faut plonger ! Ce qui m’a tant attirée vers l’opéra est sa capacité à nous faire rêver. On ne cherche pas à atteindre le réalisme du cinéma ou des séries : la dimension musicale ouvre la porte à un univers où de nouvelles conventions prennent forme.
Il faut accepter ce jeu, s’y présenter comme une page blanche et observer comment cet univers nous touche. Que ce soit un coup de foudre ou non, c’est toujours une fenêtre précieuse sur soi-même. C’est pourquoi je crois qu’il faut rester curieux et oser ces nouvelles expériences.
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POUR EN SAVOIR PLUS ET ACHETER DES BILLETS
Pour plus d’informations sur l’opéra, rendez-vous sur le site Web à operaduroyaume.com.

Billets pour le Gala d’ouverture du 26 mars, qui sera en configuration cabaret avec vin, canapés et encan silencieux, sont disponibles sur le site de dons: Zeffy (250 $)
Pour les représentations des 28, 29 et 31 mars, en configuration standard, les prix des billets sont les suivants :
89 $, 79 $, 69 $, 30 $ (taxes et frais inclus)
Il y a un rabais de 20 % aux personnes de 18 à 29 ans et de 50 % aux personnes de 7 à 17 ans (à l'exception des billets à 30 $). L'âge minimum recommandé est de 7 ans. Vous pouvez vous procurer des billets :
par Internet sur reservatech.net
par téléphone au 418-545-3330
en personne dans le point de vente de la région. (Jean Coutu du boul. Talbot, Tabagie Nelson, Bibliothèque d’Alma, Familiprix de Roberval.)




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