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Dans l’atelier de la voix : en coulisse avec Ariane Girard

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Ariane Girard, mezzo-soprano et pédagogue © Jessica Latouche

À l’occasion du lancement de sa nouvelle série d’ateliers de développement artistique, l’Opéra du Royaume accueillera la mezzo-soprano et pédagogue Ariane Girard aux côtés du directeur musical Christopher Gaudreault.


Pour le grand public, une classe de maître permet d’entrer dans une dimension souvent invisible du métier : ce travail minutieux et exigeant par lequel un chanteur développe progressivement sa technique, sa liberté vocale et son interprétation – un peu comme un entraîneur accompagne la progression d’un athlète de haut niveau.


Originaire de Chambord, Ariane Girard enseigne depuis plus de quinze ans auprès de chanteurs établis et émergents. Anciennement professeure principale à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, elle est aujourd’hui professeure invitée à la Faculté de musique de l’Université de Montréal et intervient régulièrement dans plusieurs institutions de formation au Québec et en Europe. Reconnue pour son écoute fine et son approche profondément humaine de la voix, son enseignement met l’accent autant sur la technique que sur les sensations, la liberté vocale et l’autonomie artistique. Elle a également chanté à l’Opéra du Royaume dans La Vie parisienne en 2009.


Dans cet entretien En coulisse, Ariane Girard revient sur son parcours, la transmission du chant, les réalités du métier de chanteur et ce que peut représenter un travail artistique enraciné dans une région comme le Saguenay.


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Les racines et la vocation


OdR : Tu as grandi au Lac-Saint-Jean avant de poursuivre une carrière qui t'a menée vers des institutions prestigieuses au Québec et en Europe. À quel moment as-tu compris que le chant prendrait une place centrale dans ta vie?


AG : Je le sentais déjà très tôt au début de l’adolescence que la musique serait mon chemin. Je ne comprenais pas tout à fait en quel sens mais la musique a toujours été mon refuge, mon temple. J’ai eu la chance de rencontrer LA personne qui a changé le cours de ma vie - mon professeur de musique au secondaire – Stéphane Doré, ce fut un point tournant pour moi. D’ailleurs, on est encore super proche, il habite encore Chambord, le village où j’ai grandi.



Développer l'instrument

 

OdR : Tu travailles aujourd’hui avec des artistes aux portes des plus grandes scènes internationales – notamment à l'Opéra de Paris – tout en enseignant à l’Université de Montréal et en studio privé. Quelle est pour toi la différence majeure entre peaufiner une voix déjà mature et guider un jeune chanteur qui est encore au tout début de sa formation ?


AG : Il faut faire les choses dans l’ordre; je considère qu’avec les plus jeunes, je dois bâtir l’instrument, définir les paramètres techniques très clairement. Je dois aussi allumer la flamme pour les mots, le texte, l’expression. Avec eux, je suis plus du côté « architecte » de la voix.


Avec les chanteurs très avancés, je vois mon travail très précis. Parfois, on doit reconstruire, parfois on doit faire du « fine tuning », je m’adapte au besoin de la personne devant moi. La considération et l’importance est la même, il y a un artiste et un être humain devant moi, il mérite toute mon attention.


Ariane Girard avec Elizabeth Polese (soprano) - Masterclass, Opéra de Montréal 2021
Ariane Girard avec Elizabeth Polese (soprano) – masterclass, Opéra de Montréal 2021

 

OdR : Quelle importance accordes-tu aux sensations physiques et à la conscience du corps dans le travail vocal? Est-il important, selon toi, qu’un chanteur apprenne à ressentir sa voix plutôt qu’à simplement chercher un « beau son »?


AG : C’est une très bonne question. C’est impossible de dire à un chanteur de ne pas s’écouter. D’autre part, il faut toujours se souvenir que si on s’entend bien fort et bien timbré, c’est l’inverse à l’extérieur. Lorsque la voix est bien balancée et libre, ce que nous entendons est assez mince – voire même pas très beau. C’est très contre-intuitif. Mes élèves te le diront, je pose mille questions en enseignant, j’essaye de connecter leur conscience à leur ressenti et leur corps pour qu’une fois dans leur local de pratique, ils puissent refaire le même chemin. Sinon, s’ils passent par le son, à chaque fois que l’acoustique change, ils sont perdus…


« Si l’on s’entend bien fort et bien timbré de l’intérieur,

c’est l’inverse à l’extérieur. C’est très contre-intuitif. »

 

OdR : Quel est le lien entre la voix parlée et la voix chantée ? Est-ce une réalité que les chanteurs – voire le grand public – sous-estiment parfois ?


AG : HALLÉLUIA ! Tellement importante. Il y a un adage italien très connu qui dit «  si parla , si canta »! Si vous pouvez parler vous pouvez chanter, oui, mais… Il faut trouver une voix parlée très résonnante et sur le souffle, par ceci je ne veux pas dire une caricature de la voix parlée (telle la Castafiore !) mais une voix bien timbrée soutenue par le flot d’air.


Depuis que je travaille à l’Université de Montréal, avec mes collègues nous travaillons avec une orthophoniste formidable, Eugénie Préfontaine, qui vient faire des sessions de travail d’anatomie vocale et de santé vocale avec nos chanteurs. Si par exemple un chanteur lyrique doit faire de l’opérette ou de la comédie musicale, et que sa voix chantée est très déconnectée de sa voix parlée (marquée par une grande différence de résonance et de projection) il y a clairement un problème. Je conseille souvent des suivis en orthophonie aux chanteurs.


Ariane Girgard avec Jean-François Mailloux et Emma Gelineau Cloutier (soprano) – Domaine Forget 2025
Ariane Girgard avec Jean-François Mailloux et Emma Gelineau Cloutier (soprano) – Domaine Forget 2025

  Les réalités du métier

OdR : Du côté de la relève, quelles sont les idées reçues ou les malentendus que tu rencontres le plus souvent chez les jeunes chanteurs ?

AG : On croit souvent que pour avoir une carrière, il suffit de « bien chanter ». Ouf… c’est tellement plus que cela ! Pour avoir travaillé dans des programmes de jeunes artistes, et avoir eu des conversations avec des agents, des directeurs de casting, pour avoir siégé sur des jurys de concours et d’auditions – si vous entendiez tout ce qui se dit lors des délibérations, vous seriez parfois très surpris d’apprendre ce que les gens cherchent vraiment.


Il faut être avant tout un artiste, un très bon musicien, avoir le sens du texte, de l’imagination. Le charisme et la personnalité y sont également d’une importance capitale. Travailler uniquement la voix n’est donc clairement pas suffisant. Ceci dit, je crois que lorsque la voix est en place et libre, on a déjà fait un grand bout du chemin et l’on n’a plus à se préoccuper de cette partie.

 

Il existe aussi certaines idées techniques préconçues, voire même des peurs – comme « la voix de poitrine est dangereuse », ou le fait que parler de fermeture des cordes vocales et de hauteur du larynx soit considéré comme controversé. Avec mon expérience, en nommant et expliquant ces concepts clairement, lorsque les exercices et les explications sont tangibles, tout se passe bien !


Après cela, c’est une question d’esthétique. Mais force est d’admettre que les qualités principales d’un chanteur lyrique sont sa capacité à projeter à travers un orchestre sans microphone, à produire de vraies voyelles, à chanter juste et legato, et à avoir un vibrato sain, entre autres.


« C’est un métier pavé d’échecs,

de rejets et surtout de grande solitude. »

 

OdR : Ce métier demeure souvent mystérieux pour le grand public. Quelles sont les réalités de la vie de chanteur lyrique qui surprennent le plus les gens de l'extérieur ?


AG : La solitude. C’est un métier pavé d’échecs, de rejets et surtout de grande solitude. Il faut être très fort, et surtout, aimer la musique par dessus tout. 

 

OdR : Au-delà du talent brut, qu’est-ce qui permet concrètement à un jeune artiste de construire une carrière durable dans le milieu lyrique actuel ?


AG : D’abord, il faut être un collègue impeccable, respectueux, il faut arriver préparé musicalement, et arrêter de penser qu’il y a des contrats importants et d’autres moins importants. Tous les contrats méritent notre professionnalisme. 


Ariane Girard, Masterclass, Opéra de Montréal 2021
Ariane Girard avec Holly Kroeker – masterclass, Opéra de Montréal 2021

Le laboratoire du Saguenay

 

OdR : La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean a vu naître un nombre remarquable de chanteurs ayant poursuivi d’importantes carrières lyriques. Comment expliques-tu ce phénomène, et quel rôle peut jouer le partage d’expérience entre artistes dans un tel contexte?


AG : Je crois que notre accent y est pour quelque chose : nos gros « È » ouverts sont connus à travers la francophonie !! Haha ! Mais plus sérieusement, je pense que la qualité de l’enseignement et la tradition y est aussi pour quelque chose. Sans Luce Gaudreault, pour ne nommer qu’elle, plusieurs chanteurs ne seraient pas nés.


« Mes élèves, ils sont mes meilleurs profs. »

 

OdR : Ce nouvel atelier réunira des chanteurs professionnels québécois ainsi que des artistes vocaux formés au Saguenay ayant récemment participé à Cendrillon. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cette rencontre entre différentes expériences et trajectoires?


AG : J’aime beaucoup la rencontre humaine et je pense que l’on apprend beaucoup les uns des autres. J’apprends à chaque jour de mes élèves, ils sont mes meilleurs profs. Alors de mélanger ces gens, c’est un laboratoire exceptionnel.

 

OdR : Comment ton travail et celui de Christopher Gaudreault se complètent-ils dans le cadre de ces ateliers ?


AG : Chris est probablement l’une des personnes que j’admire le plus – musicalement, intellectuellement, mais aussi humainement. C’est un homme intègre et sans prétention. Nous nous connaissons depuis plusieurs années : lorsque j’étais le professeur de chant principal à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, Chris était pianiste chef de chant apprenti. Nous avons cette connexion très spéciale, disons-le ainsi.

 

Je crois que la collaboration entre le coach et le professeur de chant est primordiale : c’est l’équipe la plus importante pour un chanteur ! Le professeur devrait s’occuper de la technique et de la registration du chanteur, tandis que le coach se charge de la diction, du style, etc. Par ailleurs, Christopher étant chef d’orchestre, ce contact avec le chef est primordial pour un jeune chanteur – il est si important de savoir suivre et de comprendre la gestuelle du chef.

 

OdR : Au-delà de la technique pure, qu’espérez-vous transmettre ensemble à ces interprètes dans le cadre de ces ateliers? 


AG : L’humanité, l’humilité et la possibilité de se rendre vulnérable dans un cadre sécuritaire. J’espère aussi pouvoir répondre à leurs questions de façon tangible et de les outiller de façon efficace. J’ai très hâte.


Ariane Girard, Masterclass, Opéra de Montréal 2021
Ariane Girard – masterclass, Opéra de Montréal 2021

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Ce premier atelier de développement artistique de l'Opéra du Royaume se déroule du 10 au 12 juin à la Salle du Facteur du Centre Culturel du Mont-Jacob.


La masterclass finale, le 12 juin à 18h30, est ouverte aux membres des Amis de l'Opéra du Royaume (sur inscription) et aux élèves et professeurs de chant de la région (sur invitation seulement).




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